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Klaus Nomi
(01 Avril 2007)
^
J'ai
longtemps hésité avant de mettre cet article sur le site
des contre-ténors tant Klaus Nomi est un personnage
inclassable. Mais combien de fois ai-je entendu, lors de
quelques prestations privées, faire la comparaison entre
ma voix et celle-ce Klaus Nomi. En effet pour les
néophytes, ceux qui n'ont que très peu de "culture
classique", Klaus Nomi reste une référence pour ce type
de voix. J'avais une vague idée de qui était Klaus Nomi,
une image de clown chantant "l'air du froid" de Purcell.
Alors à chaque fois que l'on faisait référence à lui
pour qualifier ma voix je ne faisais qu'acquiescer, sans
vraiment connaître le personnage. Alors, Oui, Klaus Nomi
a sa place sur ce site et permettra aux contre-ténors,
qui n'ont qu'une vision partielle de son oeuvre, de
pouvoir répondre lorsqu'on les comparera à lui !
Voici quelques détails sur sa vie et son oeuvre
(...)
Lire la suite...
Qu'est-ce qu'un castrat
?
(25 Mai 2006)
^
Suivant
la définition du Robert, c'est un "individu qui a subit
la castration". Il s'agit en fait d'un chanteur mâle
dont on a dès l'enfance, c'est-à-dire avant la mue, ôté
ou neutralisé par intervention chirurgicale la partie
glandulaire de l'appareil génital dans le but de
prévenir l'apparition de l'hormone mâle à l'origine de
la puberté, et les transformations physiologiques qui en
résultent. Ainsi l'allongement des cordes vocales
d'environ 60%, qui fait baisser la voix des garçons,
n'a-t-il pas lieu après la castration. Le larynx ne
grandit pas; le cartilage thyroïdien ne durcit pas,
tandis que la capacité thoracique, au contraire, croît
amplement (parfois démesurément), de même que les
résonateurs actionnés par la technique du chant. Cette
disproportion entre l'organe et le résonateur permettait
aux castrats de combiner puissance et agilité avec un
naturel prodigieux.
En 1909, deux
anatomistes ont pu procéder en Italie à l'autopsie d'un
castrat âgé de vingt-huit ans. Selon leur rapport, la
pomme d'adam était imperceptible, le larynx minuscule et
les cordes vocales, longues de 14 millimètres,
équivalentes à celles d'une soprano colorature. D'après
plusieurs examens et enquêtes, la corpulence des
castrats observés entre le XVIIème et le XIXème siècle
était supérieure à la moyenne, leur embonpoint
manisfeste, leur teint plutôt pâle, leur chevelure
abondante. Une statistique publiée par J.S.Jenkins dans
la revue médicale The Lancet en 1998 tend à
prouver que leur espérance de vie était identique à
celle des autres chanteurs.
Alexis Vassiliev
(05 Mai 2006)
^

Une des plus belle voix de contre-ténor qui m'ait été
donné d'écouter en concert. Alexis Vassiliev est un
contre-ténor d'origine russe. Elève de l'Ecole de
Régine Crespin et Viorica Cortez, Vassiliev est un
phénomène de l'art vocal. Sa voix est proche du timbre
mezzo du castrat - il chante comme on respire avec
expressivité et intensité. Acteur remarquable d'une
élégance à la Lord Byron et romantique à souhait, il vit
le chant avec tout son être et s'inscrit dans la lignée
des grands interprètes, notamment baroques. Dans son
répertoire les airs d'opéras du XVIIe au XXe siècle
servis par une voix radieuse et envoûtante qui excelle
tant dans les airs de virtuosité illustrant les
possibilités vocales (...)
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La mue
(27 Avril 2006)
^
Article publié de Philippe Bachelet
Les questions qui
reviennent souvent lorsque l’on est contre-ténor sont :
avez-vous mué, que s’est t-il passé lorsque vous avez
mué ? J’ai même déjà assisté à la présentation d’un
contre-ténor comme étant un homme qui n’aurait pas mué.
Bien des idées fausses sont véhiculées autour de la mue
du contre-ténor ! Qui peuvent mener certains adolescents
et adultes à avoir des complexes. Ce qui fut mon cas !
Cet article va tenter d’éclaircir cette période de la
vie qu’est la puberté chez le garçon en particulier
(...) Lire la suite...
Envers et contre-ténor
(20 Avril 2006)
^
Article de Ivan A.Alexandre extrait du mensuel "Diapason"
n°495

Depuis la mort
d'Alfred Deller en 1979, le contre-ténor est devenu une
espèce vocale à part entière, à l'église, au concert ou
à l'Opéra. Qu'en était-il du vivant de Purcell et
Haendel ? Qu'entendons-nous par "contre-ténor" ?
D'où vient et où va
cette voix ... nouvelle ? (...)
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Interview de David
Daniels
(9 Avril 2006)
^
Article de Sylvain Fort extrait du mensuel "Diapason"
n°495
Dans la lignée d'un
Oberlin, d'un Jefrey Gall ou d'un Derek Lee Ragin, il
est aujourd'hui le plus brillant porte- drapeau
d'une véritable école américaine des contre-ténors. La
carrure et le vibrato généreux le font triompher sans
peine au théâtre - c'est une mémorable Theodora qui le
révéla à Glyndebourne - mais il ne néglige pas pour
autant l'introspection de l'oratorio ou les délicatesses
du lied. Artistes complet, David Daniels revendique haut
et fort la nature de ses moyens et l'instinct de son
art. Deux atout qui lui ont permis de voguer vers les
cieux de la carrière internationale (...)
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L'origine
du terme "contre-ténor"
(02 mars 2006)
^
Article extrait de "Les contre-ténors Mythes & Réalité"
de Peter Giles
Le
terme
"Contre-ténor" provient du mot "contra-tenor" qui désigne
une voix particulière de la polyphonie , trouvant son origine
dans les débuts de la polyphonie occidentale.

Le
contraténor
fut d'abord utilisé à la fin du XIII siècle; sont
nom vient de ce que cette voix était utilisée à
titre de complément de la partie de ténor, contre
laquelle elle "s'appuyait". A l'époque, la mélodie
principale était confiée au ténor, tandis que la
"contre-teneur" la croisait et la décroisait.
Plus tard, le contretenor se scinda en deux voix :le contratenor bassus
(abrégé en bassus) et le contratenor altus
(abrégé en altus), situées de part et d'autre de
la voix de ténor. L'altus a évolué vers les
aïgus jusqu'à se situer de façon permanente dans ce
que l'on appelle aujourd'hui le registre d'alto à partir du
milieu de XVI siècle.
En Angleterre, le terme de contraténor altus a donné
"countertenor". SOus l'influence italienne, le contre-ténor (ou
"counter" ou "contra") et l'altus se réglèrent sur
l'alto. L'emploi traditionnel de la clé d'Ut se maintint.
Néanmoins, tout en étant situé
légèrement au dessus de la voix de ténor, la voix
de contre-ténor ou d'alto garda cette caractéristique
hérité du contra-ténor, à savoir qu'elle
croisait souvent la voix de ténor.
Pendant ce temps, dans d'autres pays, le mot contra-ténor donna
naissance à une série de noms divers pour désigner
la voix d'homme aiguë située juste au dessus de la voix de
ténor. Parmi ces appellations, on retiendra : "altist",
contra-alto" ou "contralto", "haute-contre".
Notion
de registre (02
mars 2006)
^
Article publié par Philippe Bachelet
Les variations de tonalités
nécessitent l'utilisation de
plusieurs mécanismes laryngés. On utilise habituellement
le terme de "registre" pour définir la série de sons qui
sont produits par le même mécanisme.
On distingue cinq principaux registres :
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Strohbass (Basse profonde)
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Registre de poitrine (mécanisme "lourd")
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Registre mixte
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Registre de fausset (mécanisme "léger")
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Sifflet (collorature)
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Le registre de poitrine : le timbre de la
voix est riche en harmoniques et l'intensité tend à
augmenter au fur et à mesure de la montée dans la
gamme. L'émission sonore s'accompagne de sensation
vibratoire qui siègent au niveau du thorax mais
également dans la tête. Ce registre, qui est
habituellement utilisé chez l'home pour la voix
parlée, possède une étendue importante : il commence
sur la fréquence la plus grave que le sujet peut
émettre (par exemple do1 pour les basses profondes) et
s'élève jusqu'à une note qui ne dépasse pas mi3-fa3.
Sur les sons aiguë émis en voix de poitrine, la
pression expiratoire est forte, les muscles laryngés
et cervicaux sont tendus et l'intensité est élevée. Si
le sujet essaie de continuer à monter la gamme de
cette manière, il arrive un moment où il se heurte à
un obstacle infranchissable. Le mécanisme change
brusquement et l'on passe en voix de fausset.
Le registre de fausset : il est aussi
appelé registre de tête ou voix de tête. Le son produit en
voix de fausset est très caractéristique et pauvre en
harmoniques aiguës. L'intensité est plus faible et les
changements de volumes sonore sont beaucoup plus
limités. Pendant l'émission, les sensations
vibratoires sont ressenties dans la tête et non pas
dans le thorax. La voix de fausset a des limites
étendues : elle peut descendre dans le grave jusqu'au
fa2 et monter dans l'aiguë jusqu'à une tessiture de
soprane (ut5 pour certains haute contre)

Une définition du contre-ténor
(02 mars 2006)
^
Article
publié par Philippe Bachelet
Contrairement
à ce que j'ai pu lire ou entendre, tous les
hommes possèdent bien une voix de tête. Un
contre-ténor n'est pas un être exceptionnel qui n'aurait
pas mué lors de l'adolescence et n'a bien sur rien à voir
avec un castrat.
A
la différence des voix de basses, barytons et ténors, qui
chantent en voix de poitrine, le contre-ténor utilise presque
exclusivement la voix de fausset ou voix de tête. Il peut
cependant avoir recours à sa voix de poitrine ou voix mixte pour
atteindre certaines notes graves.
Par abus de langage on utilise le terme de haute-contre pour
désigner la voix aiguë de l'homme. Mais il subsiste une
réelle différence. Le haute-contre utilise principalement
le registre
mixte et peut passer en voix de tête dans l'aigu ou en voix de
poitrine dans le grave. Il évolue entre la tessiture du
ténor et de l'alto.
(Philippe Bachelet)
La
confusion entre haute-contre et contre-ténor (02
mars 2006)
^
Article publié par
Bernard Schreuders extrait de
Forumopera.com
Quand Alfred Deller a
ressuscité le contre-ténor en tant que soliste,
sa voix a bien sûr fasciné, mais aussi profondément
troublé ses
contemporains et suscité pas mal de confusions et d'erreurs.
Deller
était un falsettiste : un baryton qui, pour l'essentiel,
utilisait son
registre de fausset. Il renouait avec la tradition, longtemps vivace en
Angleterre, des countertenors. Le mot trouve son origine dans la partie
de la polyphonie apparue au XVème siècle à
côté du tenor, mais évoluant
dans une tessiture plus aigüe : le contratenor altus. Countertenor
désignait donc cette partie nommée contralto en italien,
alt(us) en
allemand et haute-contre en français. C'est pourquoi, au
XXème siècle,
le mot countertenor a été traduit par haute-contre (6).
Mais s'ils
désignent tous deux la partie d'alto, en revanche, ils ne
recouvrent
pas exactement la même tessiture et ne sont donc pas
forcément
interprétés par le même type de voix. C'est
évidemment ici que les
choses se corsent.
En
réalité, l'ambitus du countertenor est assez extensible
et le mot
désigne deux catégories vocales : tout d'abord un
ténor élevé (high
tenor), comparable à la haute-contre, que l'on pourrait
qualifier de
"contre-ténor grave", qui dépasse d'environ une tierce la
tessiture du
ténor. De William Turner (1651-1759), dont la voix naturelle
atteint le
diapason du countertenor, Burney dit "qu'il s'agit d'une circonstance
si rare que s'il travaille sa voix, celui qui la possède est
sûr de
trouver un emploi." Damascène et Bowcher (Boucher), lequel monte
jusqu'au do 4, sont des countertenors d'origine française,
vraisemblablement des hautes-contre. Mais le countertenor
désigne aussi
le falsettiste, que l'on pourrait qualifier de "contre-ténor
aigu", et
dont la voix peut s'étendre jusqu'au fa 4 (David dans l'oratorio
Saül
de Haendel, certains contre-ténors évoluent aujoud'hui
dans la
tessiture du mezzo - David Daniels ou Flavio Oliver), mais qui n'exclut
pas l'usage du registre de poitrine pour les notes les plus graves.
Walter Powell remplaçait le castrat contralto Senesino dans les
productions de Haendel (Athalie ou Deborah). Basse à la Chapelle
royale, Purcell était aussi countertenor et chanta l'air Tis
Natures's
voice (Ode à sainte Cécile) lors de la fête de
sainte Cécile en 1692.
Haute-contre et countertenor ne sont donc pas des synonymes parfaits.
En somme, une haute-contre était un countertenor, mais un
countertenor
n'était pas forcément une haute-contre.
Bien
que le terme countertenor ait été traduit en
français par
contre-ténor (kontratenor en allemand, controtenore en italien
et
contratenor en espagnol), ce néologisme n'a pas
empêché l'usage
anarchique du mot haute-contre pour désigner la plupart des
émules
d'Alfred Deller : de purs falsettistes comme James Bowman, Paul
Eswwood, Charles Brett ou des falsettistes qui utilisent
également leur
registre de poitrine pour les notes graves (René Jacobs, Jeffrey
Gall,
Derek Lee Ragin, etc.). En fait, les termes haute-contre et
contre-ténor sont employés indifféremment pour
désigner les
falsettistes et les ténors hautes-contre. La réapparition
du
falsettiste a tellement troublé mélomanes et musiciens
que Roland
Mancini, dans un Larousse de la Musique, explique correctement la
différence entre un falsettiste et une haute-contre, mais cite
le même
Alfred Deller comme parfait exemple de l'une et l'autre voix ! D'autres
ont enseigné que le terme haute-contre désignait le
falsettiste -
croyant sans doute que Rousseau évoquait le fausset lorsqu'il
évoquait
une voix forcée - et le contre-ténor une voix de
ténor, naturelle et
très aigüe...
Aujourd'hui
encore, l'erreur est fréquente et certains chanteurs
entretiennent la confusion : Gérard Lesne, après
s'être fait appeler
contralto, se nomme haute-contre et justifie ainsi le choix de son
répertoire (récemment des oeuvres de Charpentier) alors
qu'il est un
baryton falsettiste, contraint, dans le répertoire de
haute-contre, à
multiplier les changements de registre. Précisons encore
qu'à l'instar
du mot contre-ténor, le mot haute-contre est aussi
employé abusivement
pour désigner les sopranistes. Ceux-ci n'ont bien sûr rien
à voir avec
les ténors hautes-contres : il s'agit, la plupart du temps, de
falsettistes dont le fausset est exceptionnellement étendu et se
déploie dans la tessiture du soprano et, beaucoup plus rarement,
de
sopranos qui n'ont pas - ou presque pas - mué (par exemple suite
à un
déficit hormonal nommé syndrome de Morcier-Kallman) ; en
aucun cas, il
ne s'agit de castrats, ceux-ci ont fort heureusement disparu !
Faussets et hautes-contre féminines (02
mars 2006)
^
Article publié par
Bernard Schreuders extrait de Forumopera.com
L'emploi précoce du
mot falsettiste, calque moderne de l'italien,
aurait évité bien des problèmes, à
commencer par des erreurs de
distribution. En revanche, la confusion était impossible aux
XVIIème et
XVIIIème siècles : les falsettistes sont très peu
prisés en France.
Bénigne de Bacilly (Remarques curieuses sur l'art de bien
chanter
(1679)) relate que "ceux qui ont la voix naturelle méprisent les
voix
de fausset, comme fausses et glapissantes ; et ceux-cy tiennent que la
fin du chant paroist bien plus dans une voix de taille naturelle, qui
pour l'ordinaire n'a pas tant d'éclat, bien qu'elle ait de
justesse".
L'auteur confirme certains griefs : "les voix de fausset [...] ont de
l'aigreur et manquent souvent de justesse, à moins que d'estre
si bien
cultivées qu'elles semblent estre passées en nature",
mais, fait rare,
concède aux falsettistes certains avantages : "[...] si l'on y
faisoit
bien réflexion, on remarqueroit qu'ils doivent tout ce qu'ils
ont de
particulier dans la manière de chanter à leur voix ainsi
élevée en
fausset, qui fait paroistre certains ports de voix, certains
intervalles, et autres charmes du chant tout autrement que dans la voix
de taille." Toutefois, malgré son goût pour
l'exagération, Rousseau se
fait l'écho d'une opinion majoritaire lorsqu'il écrit que
le fausset
est "le plus désagréable de tous les timbres de la voix
humaine"
(Dictionnaire de musique, 1768).
Appelés
faussets ou dessus muets/és, les falsettistes ne chantent
guère
que le dessus (soprano) à la Chapelle Royale, où ils
soutiennent les
voix des pages : "Sous le règne de Louis XIV et Louis XV, on
leur a
adjoint quelquefois des personnes qui chantaient le fausset, mais
très
peu. Cela est un très mauvaise usage et les Italiens valent
mieux parce
que les voix de fausset ne sont ni agréables ni si durables que
les
leurs." (7). Les Italiens en question sont bien sûr les castrats,
que
les Italiens qualifient paradoxalement de "falsettistes naturels" par
opposition aux "falsettistes artificiels", les falsettistes ou
contre-ténors. Nous avons sans doute du mal à comprendre
qu'on puisse
mélanger ainsi des voix de garçons, de falsettistes et de
castrats au
sein d'un même pupitre, mais la notion de "pureté de
timbre "n'existait
pas à l'époque. Autant dire que les falsettistes ne se
produisaient
jamais à l'opéra où le registre de fausset
n'était employé que de
manière exceptionnelle, dans un but comique, pour contrefaire la
voix
de femme.
Si
un falsettiste ne pouvait pas être confondu avec une
haute-contre,
en revanche, certaines chanteuses portaient ce nom. Charpentier
destinait ses Leçons de Ténèbres aux religieuses
de l'Abbaye-aux-Bois :
"Mère Ste Cécile, dessus, Mère Camille,
bas-dessus, et Mère Desnos,
haute-contre", sans doute un vrai contralto. De même, en
Angleterre,
Mrs Turner-Robinson, créatrice du rôle de Daniel dans
l'oratorio
Belshazzar de Haendel (1745), est appelée countertenor, ce qui
prouve
que ces termes désignaient avant tout une tessiture plutôt
qu'un type
de voix bien précis. Jérôme-Joseph de Momigny,
théoricien et
compositeur belge, rapporte une anecdote fort curieuse
(Encyclopédie
méthodique de Framery et Guinguené, Paris, Panckoucke,
1791) : "Il
existe quelques hautes-contre en voix de femme qui n'ont pas la rondeur
des bas-dessus [mezzo], mais une force bien supérieure, avec un
timbre
qui est celui de la vraie haute-contre [sic]. J'ai connu une dame
religieuse qui, avec une telle voix, en couvrait facilement trente
autres, et se faisait entendre à une distance extraordinaire."
Voilà
qui laisse rêveurÖ
La voix mixte (02
mars 2006)
^
Article publié par
Bernard Schreuders extrait de Forumopera.com
Faute d'une voix
naturellement longue et facile, les meilleures hautes-contre devaient
maîtriser le fameux passage des registres grâce à la
voix mixte. Rétrospectivement, les témoignages concernant
la voix de Nourrit le donnent à penser (V. plus bas). Par
contre, si elle ne possède pas cette technique, la haute-contre
préfère encore forcer sa voix, quitte à hurler,
plutôt que d'exposer son fausset, un timbre détestable aux
oreilles françaises (V. Faussets et hautes-contre
féminines). Lecerf de la Viéville reflète le
goût majoritaire en France lorsqu'il interroge ironiquement
François Raguenet, conquis par les voix "nettes et touchantes"
des "incommodés" (Parallèle des Italiens et des
Français, 1702) : "Mais ne sembleroit-il pas que nous avons sur
nos Théâtres que des voix grosses et mâles ?
Lorsqu'il faut remplir les rôles d'Amans
préférés, n'avons-nous ni hautes-contre ni
tailles, dont les voix sont aussi douces, aussi fléxibles [sic]
et aussi hautes qu'elles le doivent être, pour dire tendrement
les douceurs ? D'abord il est naturel et vraisemblable que tous les
hommes aient la voix mâle. Ainsi, quand les voix des Amoureux,
des premiers rôles, sont si perçantes et si en faucet
[castrats], outre que cela devient aigre aux oreilles et incommode pour
les airs en parties : cela a encore le défaut d'être trop
féminin, trop Damoiseau." (Comparaison de la Musique Italienne
et de la Musique Françoise, 1705-6, je souligne la
phrase-clé). Et pour avoir l'air mâle, la haute-contre
doit absolument éviter que le passage en fausset s'entende.
Jélyotte
et Legros étaient-ils passés maîtres dans l'art de
fusionner les registres ou la Nature leur avait-elle offert un organe
exceptionnel ? Joseph de Lalande nous a laissé un
témoignage précieux, mais délicat à
interpréter :
"J'ai
dit que le tenore des Italiens étoit la haute-contre des
François ; du moins les tenori n'en différeroient presque
pas s'ils voulaient chanter sans faire les singes des castrats, par la
quantité de roulades et de broderies, qui défigurent
l'ouvrage des compositeurs. Le tenore va de ut à sol en pleine
voix, et jusqu'à re en falzetto [sic] ou fausset ; mais cela
n'est pas sans exception ; Babbi montoit jusqu'à ut en pleine
voix, de même que Caribaldi, jusqu'à l'âge de
quarante-huit ans. Amorevoli, qui étoit un peu plus ancien,
alloit jusqu'à re. A Paris, Geliot avoit la même
étendue que Amorevoli, et Legros avait celle des deux premiers ;
ces qualités de voix, dans tous les pays, sont très-rares
; Lainez va jusqu'au la forcé, Dufrenoy jusqu'au sol
forcé ; tous ceux qui ont succédé à Legros,
sont obligés de crier pour arriver au ton de la haute-contre,
excepté Rousseau ; mais il a le timbre plus petit." (Voyage en
Italie, 1786).
Trois
choses semblent sûres : d'abord, Jélyotte et Legros ne
forçaient pas ; d'autre part, les hautes-contre ne chantaient
pas en fausset, elles n'isolaient pas ce registre ; enfin, il se
confirme que les successeurs de Jélyotte et Legros
éprouvaient de sérieuses difficultés à
chanter dans la même tessiture. Une lecture au pied de la lettre
nous amène également à conclure que les deux
meilleures hautes-contre de leur temps chantaient les notes les plus
aigües avec leur registre de poitrine ("en pleine voix " (5)).
Mais si, en parlant de "pleine voix", Lalande traduisait ses
impressions plutôt que la réalité ? S'il
était trompé par une voix naturellement homogène,
égale et sonore du grave à l'aigu, qu'il croit produite
en registre de poitrine ? Nous pourrions alors supposer, avec
René Jacobs et Stéphane Van Dyck, que Jélyotte et
Legros maîtrisaient à la perfection la technique de la
voix mixte.
Les
témoignages concernant la voix et la technique d'Adolphe Nourrit
(1802-1839) tendent à conforter cette lecture. Le ténor
dramatique Gilbert Duprez (1806-1896), qui connaissait bien Nourrit,
écrivait que "sa voix tenait de ce qu'on appelait jadis la
haute-contre, s'étendant très haut dans un registre
mixte." (Souvenirs d'un chanteur, 1880). Rossini lui avait écrit
les rôles de Neocles (Le Siège de Corinthe), du Comte Ory,
d'Amenophis (Moise et Pharaon) et d'Arnold (Guillaume Tell). Entre 1826
et 1836, Nourrit élargit son répertoire avec Masaniello
(La Muette de Portici d'Auber), Robert et Raoul (Robert le Diable et
Les Huguenots de Meyerbeer) et Eleazar (La juive d'Halévy). Nous
imaginons mal un tenorino venir à bout de ces rôles
dramatiques, affronter la dynamique et la densité de l'orchestre
rossinien ! A la fin de sa vie, Nourrit essaya d'adopter la technique
de la "voix sombrée" ainsi nommée et
développée par Duprez : mal lui en prit. "En gagnant
certaines qualités ... j'en avais perdu d'autres essentielles
... J'espérais toujours qu'avec le temps je pourrais retrouver
ces nuances fines qui étaient le propre de mon talent, et cette
variété d'inflexions auxquelles j'avais dû renoncer
pour me conformer aux exigences du chant italien comme on l'entend
aujourd'hui... Mon ancienne voix n'était plus à ma
disposition... ma voix mixte et ma voix de tête avaient disparu."
(Lettre à Eugène Duverger, Naples, 13 octobre 1838, je
souligne cette précision capitale). Nourrit fut donc un des
derniers représentants de cette voix de haute-contre,
jugée, selon Castil-Blaze, "claire et flûtée" par
les nouvelles générations et peu apte à exprimer
les passions.
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